Site officiel de Jean-Pierre PELAEZ

© Jean-Pierre Pelaez -  2021

LA NOVLANGUE

Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Un clochard est un SDF, un aveugle un non-voyant, un handicapé une personne à mobilité réduite, un gros en surcharge de pondération ; un nain une  personne à verticalité contrariée. Les licenciements ont disparu,  ce sont des ajustements d’effectifs de même que l’augmentation des prix est un réajustement, et pour éviter de faire trop populaire, les professionnels demandent qu’on dise, au lieu de campings, hôtellerie de plein air.   
Mais c’est dans les bureaucraties que se déploient un zèle et une inventivité sans bornes. Quiconque a pratiqué une administration française a pu admirer la clarté de certaines circulaires. La machine à café, la fontaine à eau, les verres à apéritif peuvent soulever une foule de problématiques sur lesquelles on va tenir des réunions interminables. Les fonctions n’échappent pas à la règle : coordinateurs/trices, assistant(e)s en tous genre, chargé(e)s de toutes sortes de choses, préposé(e)s à n’importe quoi. Les sigles ajoutent à la confusion : PLU, POS, ZEP, REP, ZAC…Un MAD, ce qui en anglais veut dire un fou, est un mis à disposition !
Mais parmi les administrations elles-mêmes, et comme on pouvait s’y attendre, c’est l’Education Nationale, avec ses pédagogues, qui en la matière a produit de pures merveilles. Ainsi, la maîtresse, l’instituteur devenus professeurs des écoles disent aux élèves, au lieu de tenir un crayon, qu’ils vont apprendre à manier l’outil scripteur. Un outil scriptutaire est un stylo, un référentiel bondissant est un ballon, et un bloc mucilagineux à effet soustractif n’est pas le président Hollande,  comme on pourrait le penser, c’est tout simplement une gomme. Les rédactions sont des productions écrites, les courses d’école des sorties de cohésion, les cancres et les nullards sont des élèves en difficulté, les idiots des élèves à besoins éducatifs spécifiques. La palme revenant au Conseil supérieur des programmes et à sa réforme du collège par la déconstructrice des stéréotypes, Mme Belkacem. Dans les rapports et autres directives, on peut lire que l’élève n’apprendra plus à écrire mais à maitriser le geste graphomoteur et automatiser progressivement le tracé normé des lettres. Il n’y aura plus de dictée mais une vigilance orthographique. Quand un élève aura un problème on tentera une remédiation. Avec la gymnastique… ou plutôt l’éducation physique et sportive, on franchit le mur du son : courir, c’est "créer de la vitesse", nager en piscine c’est se déplacer dans un milieu aquatique profond standardisé et traverser l’eau en équilibre horizontal par immersion prolongée de la tête, et le badminton est une activité duelle médiée par un volant. Et moi, je propose pour désigner les auteurs de toutes ces âneries des apprenants n’ayant pu terminer leur parcours pédagogique différencié.
Pourtant, ces singes savants ont trouvé leur maître. Les plaquettes de programmation des théâtres publics nous offrent de véritables morceaux d’anthologie dans la présentation de spectacles aussi abscons que la lecture de la plaquette elle-même… A côté de cette prose, L’être et le néant de Sartre se lit comme un polar. Et cela fait un moment que ça dure… Dans les années 80, on pouvait lire sous la plume de Jacques Nichet, le directeur du Centre Dramatique National de Montpellier (Théâtre des 13 Vents le bien nommé), cette présentation de la Savetière Prodigieuse de Lorca :"Nous sommes des ombres qui vous rassemblent, des ombres qui vous ressemblent, vous êtes sortis pour nous, et nous sortons des coulisses  pour vous et nous sortons de vous, car nos ombres sont en vous et ne sont pas seulement les vôtres"
Vingt ans plus tard rien n’a changé et à Béziers, on a pu lire récemment à l’église de Bayssan, berceau de l’Evangile du théâtre populaire selon Saint-Jean Varela, la présentation suivante d’un spectacle, intitulé l’Art du Théâtre : "Par son refus du théâtre avec un T majuscule, celui qui s’abreuve de conventions, il défend un théâtre nourri de la respiration et de la chair du présent. Dans un dispositif scénique ciselé comme un diamant noir, les acteurs engagent leurs souffles et leur corps et déclarent leur passion du vivant, du théâtre et de l’amour. Un manifeste pour un théâtre sensible, pas un produit de consommation mais un art fait d’amour et de chair au présent proche."
Bonne soirée à tous ! Ou plutôt bonne nuit, les petits…

Le Petit Journal

Plus la langue française se délite sous les effets de l’écriture texto, du brouet médiatique et d’un système d’enseignement moribond, plus nos divers technocrates, par un phénomène de compensation, remplacent les mots les plus simples par un jargon savant, fait d’expressions redondantes : pourquoi  faire simple lorsqu’on peut faire compliqué, la complexité donnant au pédant ou à l’imbécile (souvent les deux vont de pair) l’impression qu’il est très intelligent et que ses écrits sont d’une grande profondeur ?!
Déjà, au XVIIème, les précieuses appelaient les fauteuils les commodités de la conversation. De nos jours, les femmes de ménage sont devenues des aidantes familiales, les  balayeurs des techniciens de surface. Quant aux sourds, ce sont des déficients auditifs et les chômeurs des demandeurs d’emploi. On ne parle plus de noirs, d’arabes, d’asiatiques, mais de gens issus de la diversité.