Eugène IONESCO

                                                         

Samuel BECKETT

 

     Ce sont les deux pièces les plus célèbres de ces deux maîtres, Ionesco et Beckett, qui ont suscité en moi cette vocation de l’écriture dramatique :

- La première Le roi se meurt, sur laquelle j’avais travaillé en 1976 avec des jeunes du lycée français de Caracas, au Vénézuela, et dont j’ai pu assister, de retour en France, à une reprise à Paris par son créateur,  Jacques Mauclair

- La seconde En attendant Godot, que j’ai eu la chance de voir en 1979, en Avignon, dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes, interprétée par Georges Wilson, Rufus et Michel Bouquet.

     C’est pendant cette représentation, en juillet 1979, que tout à basculé, au moment précis où, avant de quitter la scène, de sa voix rauque et profonde, à nulle autre pareille, Michel Bouquet lançait l’ultime tirade de Pozzo :

Vous n’avez pas fini de m’empoisonner avec vos histoires de temps ? C’est insensé !  Quand ! Quand ! Un jour, ça ne vous suffit pas, un jour pareil aux autres il est devenu muet, un jour je suis devenu aveugle, un jour nous deviendrons sourd, un jour nous sommes nés, un jour nous mourrons, le même jour, le même instant, ça ne vous suffit pas ?... Elles accouchent à cheval sur une tombe, le jour brille un instant, puis c’est la nuit à nouveau... En avant !

     A cet instant précis, je sentis que dans l’écriture dramatique résidait l’une des plus grandes forces artistiques qui soit. Oui, c’était par là que je pouvais faire naître la musique contrariée, opprimée que je sentais en moi, et que je n’arrivais pas à faire jaillir. Si bien qu’aujourd’hui Michel Bouquet reste pour moi un modèle, et mon grand regret sera certainement de n’avoir jamais pu être joué par ce grand interprète de notre époque.

     Rentré chez moi, je me mis à écrire ma première pièce de théâtre que j’achevais quelques mois plus tard, une immense fresque de plus de trois heures, où s’épancha tout ce que j’avais retenu pendant des années. Dans l’année qui suivit, avec une dizaine de comédiens amateurs, je réussis à créer cette pièce,au fin fond de la Creuse, dans une salle des fêtes généreusement prêtée par la Mairie de la petite ville, projet délirant qui me laissa exsangue. Le succès ne fut guère éclatant, notamment du fait de la longueur de l’ouvrage, mais la puissance du texte m’attira l’estime de quelques professionnels.

     C’est ainsi qu’un an ou deux plus tard, en 1983, mes deux premières véritables pièces virent le jour l’une à Montauban puis Toulouse (Les rats, mise en scène de Jean Durozier) l’autre à Aubusson puis Limoges (Le jeu des quatre saisons, mise en scène de Michel Bruzat).

     C’est ainsi que très rapidement, et en l’espace de trois ans, âgé alors  d’une trentaine d’années,  je passai du stade de parfait inconnu à celui d’auteur dramatique confirmé par une Aide à la Création  et une première bourse du Centre National des Lettres (deux autres suivront en 1986 et 1990), puis en 1984, par une première commande du Centre Dramatique National du Languedoc (Monsieur Calixte), puis une deuxième qui déboucha sur le fameux Barillet, créé en 1986 à Béziers puis à Montpellier et Avignon (mise en scène de Gilbert Rouvière) et qui n’a cessé d’être joué partout depuis cette date, non seulement en France, mais aussi dans de nombreux pays étrangers.

     Je quittai ma maison dans la campagne de Creuse, mes moutons, mon jardin et ma basse-cour,  pour retourner dans ma région natale, le Languedoc, que je n’ai jamais quittée depuis ! C’est à une autre basse-cour que je me trouvais désormais confronté, celle du milieu dit culturel !


           
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