Ma sympathie première va à celui qui est, à mon sens, l’un des plus grands auteurs dramatiques français

Edmond Rostand



Edmond ROSTAND


Mais on ne se bat pas dans l'espoir du succès !

Non ! Non ! C'est bien plus beau lorsque c'est inutile !

Cyrano de Bergerac

Acte 5 Scène 6

                                      


Photo Didier Leclerc



     Sa pièce Cyrano de Bergerac est la première que j’ai lue et relue, j’avais à peine 7 ans... Elle est la quintessence de l’esprit et un extraordinaire chant contre la bassesse et l’imbécillité. Malgré mon jeune âge, je ne pouvais en lire le denier acte sans être au bord des larmes.

     Plus tard, j’ai lu avec un égal bonheur Chantecler : j’ai pu constater que la basse-cour culturelle n’a pas beaucoup changé depuis un siècle. Ainsi, la sincérité reste l’exigence première d’un auteur, dans un monde dominé par les pédants et les sophistes.

     C’est par Edmond Rostand que j’ai découvert et aimé le théâtre, c’est par Victor Hugo le plus grand écrivain français du XIXème siècle, que j’ai découvert le récit, l’épopée, le fantastique. Les Misérables et La Légende des Siècles ont bercé toute mon enfance, puis ses pièces de théâtre Hernani et Ruy Blas.

     Plus tard, j’ai rencontré et apprécié d’autres écritures : Chateaubriand, Flaubert, et pour le théâtre Molière, puis  Montherlant, et  Claudel. Enfin, en étudiant le grec ancien, Eschyle et Aristophane...

     J’aurais pu aimer passionnément Shakespeare, si la vague de pédantisme et d’académisme moderne des années 70/80, conduite par les avant-gardistes d’Etat, les iconoclastes subventionnés du théâtre public, ne m’en avait dégoûté à jamais !

     Les imbécillités scéniques, dont ce malheureux Shakespeare surtout, et quelques autres grands auteurs du Répertoire, ont été affublés dans ces années-là, m’ont définitivement rendu incapable de relire cet auteur.

     En la matière, des génies auto-proclamés comme Daniel Mesguich, ou Georges Lavaudant, pour ne citer qu’eux,  ont accompli des prouesses. Quiconque a pu voir Le Roi Lear mis en scène par Mesguich en Avignon, en 1981, ne peut qu’être dégoûté à jamais de ce grand auteur britannique !

     Qu’ils sachent qu’à cause d’eux et de quelques autres de leurs collègues, je ne lis plus une ligne de Shakespeare, sans éprouver une sorte d’angoisse nauséeuse !

     A contrario,  et dans le même temps, les deux auteurs contemporain qui m’ont porté vers l’écriture dramatique sont Ionesco et Beckett. Entre le simple génie, la puissance de ces maîtres, et l’obscur pédantisme, la prétention besogneuse de ces metteurs en scène soudain auto promus au rang de créateurs ex machina, et qui allaient jusqu’à signer des élucubrations de spectacles d’après Molière, d’après Shakespeare, etc..., le fossé était tellement immense, le décalage tellement  extrême que le choix était vite fait. D’un côté je voyais le génie, les modèles de l’autre, l’imbécillité et les repoussoirs...

                                                                                                                                                                                                                                                                   (à suivre)





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